Les évolutions récentes dans le domaine du portage salarial

Le portage salarial, un secteur en forte évolution :

Bien que le portage salarial soit une forme d’emploi existant depuis les années 80, elle continue à connaître des évolutions, ce qui est assez naturel pour un statut finalement relativement récent, qui n’est entré dans le code du travail qu’en 2016, avant de se doter d’une convention collective en 2017.

L’offre de portage salarial est en forte croissance, puisqu’à présent plusieurs centaines de sociétés de portage salarial proposent leurs services aux travailleurs indépendants attirés par ce statut.

Des travailleurs indépendants toujours plus nombreux puisqu’on en compte près de 100 000 en 2020, ce qui permet à la branche de représenter un chiffre d’affaires annuel de l’ordre d’un milliard d’euros et qui pourrait décupler d’ici la fin de la décennie et séduire un million de travailleurs.

Qui sont ces travailleurs ?

Chaque année les rangs des salariés portés se renforcent avec l’arrivée de professionnels quittant le salariat classique, qu’ils proviennent d’entreprises publiques ou privées, ainsi que de travailleurs indépendants ayant préalablement exercé leur activité en tant qu’entrepreneur.

Généralement les anciens salariés « classiques » choisissent le portage salarial car ils souhaitent conjuguer à la fois le travail en mode indépendant, avec tous les avantages que cela procure, qu’il s’agisse de la liberté de choisir ses missions, de fixer le tarif de ses prestations, de pouvoir moduler son rythme de travail… tout en conservant un statut de salarié, et ainsi de continuer à bénéficier du régime général de protection sociale. Cette population fait parfois ce choix à long terme, parfois à plus court terme pour tester leur nouvelle activité professionnelle, leur nouvelle offre de service, avant de basculer dans l’entrepreneuriat après avoir validé leur projet.

A contrario, les entrepreneurs, quittant le statut de gérant d’EURL ou de président de SASU pour opter pour le portage salarial, le font pour des raisons de sécurisation de leur parcours grâce à l’assurance chômage dont ils bénéficient en portage salarial et de réduction de leur charge administrative tout en bénéficiant d’optimisations de leurs rémunérations.

Au-delà de ces profils relativement seniors, le portage salarial séduit aussi les jeunes actifs, de moins en moins attirés par le salariat classique, qui associent leur esprit d’indépendance au statut de salarié porté qui non seulement leur offre un filet de sécurité, mais aussi un visa pour la location d’appartement ou des projets d’acquisition immobilières, auxquels il est parfois difficile d’accéder avec un statut de freelance non salarié.

La liste des métiers que l’on peut exercer en portage salarial est longue. En sont principalement exclues certaines professions réglementées (avocat, médecin, expert-comptable…) ainsi que le domaine des services à la personne. Ce sont donc des activités B2B que l’on exerce en portage salarial.

Une image en évolution

Le portage salarial se développant, sa notoriété gagne du terrain et les entreprises de portage salarial communiquent de plus en plus pour faire connaître le statut et leur offre de services. De fait, une proportion croissante de cadres d’entreprise envisagerait de choisir le portage salarial dans les 3 ans à venir. Ce qui est en phase avec l’évolution de la société qui compte de plus en plus de travailleurs freelances.

Certains sites mentionnent également des études, émanant en général de sociétés de portage salarial, indiquant qu’au-delà de sa notoriété, l’image et la réputation du portage salarial progresseraient également dans l’opinion publique.

Cet élément positif doit toutefois être nuancé par plusieurs affaires ayant révélé des pratiques de facturation de frais cachés à leurs salariés par des sociétés de portage salarial historiques du secteur. Des pratiques dénoncées par la FEDEPS, association pour la défense des salariés portés, qui pour contribuer à assainir le marché et garantir la confiance entre salariés et sociétés de portage salarial, a créé le label Zéro Frais Cachés, décerné aux sociétés respectant une charte éthique après audit de leurs pratiques, leurs process et de leurs comptes financiers.

L’émergence des services complémentaires

Les services de base du portage salarial sont à présent tout à fait standardisés, notamment depuis son inscription au code du travail en 2016 et de l’entrée en vigueur de la convention collective de branche des salariés en portage salarial du 22 mars 2017.

  • La gestion administrative et contractuelle de la relation entre les salariés portés et leurs clients
  • La génération et le recouvrement des factures
  • La gestion des frais professionnels des salariés portés
  • La gestion et le règlement de leurs cotisations sociales, salaires et prélèvements à la source de l’impôt sur le revenu.

Au-delà de ces services de base, on constate progressivement un enrichissement des offres de services fournis ou mis à disposition par les sociétés de portage salarial tels que le lissage des salaires, la possibilité de verser la totalité des salaires avant encaissement des factures correspondantes, des offres de parrainage, des PEE ou PERCO, des voitures voire des scooters de fonctions, un accompagnement personnalisé, des partenaires pour aider les salariés dans leurs recherches de mission, des coachs…

Des services complémentaires ayant selon les cas ou les formules une réelle valeur ajoutée ou non, certains fournis gratuitement, d’autres facturés aux salariés portés via des frais de gestion supplémentaires.

Pourquoi les entreprises recourent-elles aux services des salariés portés ?

On retrouve là aussi une évolution de fonds avec le recours croissant des entreprises aux prestations de travailleurs d’indépendants. Pour les entreprises clientes, le portage salarial représente plusieurs intérêts.

Le premier intérêt réside dans le fait de faire appel à des experts ou à des expertises, dont elles ne disposent pas au en leur sein. Cela ne concerne pas uniquement les expertises de travailleurs indépendants, mais aussi celles d’entreprises prestataires de service externes. Le principal avantage d’un indépendant par rapport à une entreprise étant que le tarif de l’indépendant peut être moins élevé que celui d’une entreprise qui supporte des frais de structure que ne supporte pas l’indépendant.

Au sein de la grande famille des indépendants, le portage salarial représente par ailleurs un autre avantage, lié au régime social général des salariés, qui n’expose pas les clients au risque de requalification des prestations de services en contrat de travail. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle certaines entreprises clientes n’acceptent de recourir à des indépendants qu’à la condition qu’ils soient salariés portés.

Au-delà du nombre toujours croissant de travailleurs indépendants adoptant ce statut, on observe donc un marché de l’offre de services de portage salarial qui se structure, qui renforce la gamme des services, et qui cherche à s’assainir grâce à des initiatives comme le Label Zéro Frais Cachés.

Le portage salarial n’est-il finalement pas la réponse aux attentes du patronat en termes d’assouplissement du marché du travail, assouplissement permis par la prestation de services externes et l’émergence de la notion d’entreprise étendue ? Mais aussi une réponse aux attentes des travailleurs en termes de vecteurs d’opportunités et de sécurisation des parcours professionnels ?

Si le développement du portage salarial se poursuit comme les projections récentes le laissent à penser, peut-être avons-nous trouvé là le chainon manquant permettant un marché du travail plus agile et actif, mais aussi plus sécurisé pour les indépendants et leurs clients.

Pour en savoir plus sur Nexagora !